Projet_Concours Grange Verney

Lieu → Grange Verney, Moudon
Concours → 2026, 4ème place
Architecte → O. Rochat Architectes sàrl développé en collaboration avec le bureau Rochat & Prisse architectes Sàrl
Maître de l’Ouvrage → FCPC, Lausanne
Mandataires → Pascal Heyraud Sàrl, Kälin & Associés SA, Chammartin & Spicher SA, BAConsulting, EEO Lausanne
Image → Lawrence Breitling
Programme → centre d’essais et recherches agricoles

⨳ La clé des champs

Concours de projet pour un nouveau centre d’essais et recherches agricoles à Grange Verney, Moudon

Implantée comme un lien entre les pôles théorique et pratique du site, la nouvelle ferme accueille les locaux liés à l’élevage bovin ainsi que la vitrine publique.

Cette implantation renforce le caractère structurant de l’allée historique qui se conclut par une grande place ouverte sur le paysage et prête à accueillir des événements de grande ampleur. Cette nouvelle place rétabli un lien fort avec le château qui retrouve son statut d’emblème du site de Grange-Verney.

L’implantation de la nouvelle ferme dans la dépression naturelle du terrain permet d’intégrer cet important volume en restant en contre-bas du château. D’autre part, l’orientation du faîte parallèle aux courbes de niveau réduit l’impression de hauteur du bâtiment lorsqu’il est vu depuis la vallée de la Broye.

Trois grandes étapes ont marqué la construction du site de Grange-Verney. D’abord le château et sa dépendance (bien que celle-ci soit plus récente). Ensuite l’intervention de Marc Piccard en 1950 qui accueille la nouvelle école d’agriculture et le réfectoire. Suivie quarante ans plus tard, en 1990, par la construction d’un bâtiment d’enseignement, d’une salle de gym et des ateliers mécaniques. Chacune de ces étapes est caractérisée par une différence d’orientation dans implantation des bâtiments qui la constituent : le château et sa dépendance, le bâtiment principal et le réfectoire, le bâtiment d’enseignement et la salle de gym. Les articulations qui en résultent sont dans les trois cas associés aux entrées des bâtiments.

Afin de respecter cette spécificité, le projet tire parti de ces orientations pour tisser des liens avec les bâtiments existants. Ainsi la nouvelle ferme établi un rapport orthogonal avec le château à l’est et s’implante parallèlement au réfectoire à l’ouest. Le pli ainsi produit entre les deux volumes de la ferme devient l’accès principale du bâtiment. Le nouveau bâtiment des espaces pédagogiques s’implante parallèlement au château. Il génère ainsi une articulation avec la grange à pont qui devient la nouvelle entrée face à celle du château. Le hangar à machines s’implante perpendiculairement à la grange à pont donnant ainsi à la place une forme de trapèze qui s’ouvre vers le grand paysage.

Comme l’avaient fait les architectes Inès Werner et Laurent Faessler en 1990, la nouvelle intervention est rendue lisible par la typologie de ses toitures. Au-delà de la question expressive, les nouvelles toitures à pans décalés au faîte permettent de faire entrer la lumière, d’assurer la ventilation naturelle et de maîtriser le climat intérieur.

Le projet paysager prévoit la plantation de poiriers haute-tige de part et d’autre de l’allée historique. Dans la continuité de cet aménagement, le site gagnerait à retrouver tout ou partie du verger de fruitiers haute-tige qui agrémentait le vallon. Idéalement situé proche des étables, ce verger pourrait servir d’espace de replis pâturable lors des fortes chaleurs estivales, lorsque l’herbe vient à manquer dans les prairies et que l’ombre des arbres est appréciée par les animaux. La passerelle retrouverait ainsi son plein potentiel poétique en guidant les piétons au coeur de la couronne des arbres fruitiers.

Au coeur du site, les arbres isolés remarquables typiques des domaines agricoles comme le tilleul, le marronnier et le noyer, sont conservés et ponctuent les espaces d’importance du parvis du château à la grande place. Un pré-bois est planté sur la colline, dans la continuité du bois existant. Il accueille les porcins en pâture et est composé d’essences forestières diversifiées pour répondre à l’incertitude climatique, tels que le chêne pubescent, le chêne sessile, le châtaignier, le pommier sauvage et le noisetier qui sont des espèces d’avenir pour le climat du canton et apportent un complément fourrager pour les porcins grâce à leurs fruits. Ce pâturage boisé est complété de prairies stabilisées et aires de fouissage afin de satisfaire les comportements naturels des porcins. Les surfaces pâturables, bien supérieures au cahier des charges minimum répondent aisément aux critères du label Wiesenschwein. En bordure de pâturage, des haies de trognes et taillis de frêne produiront du bois nécessaire à la fabrication du compost, contribueront à l’autonomie fourragère des bovins en période de sécheresse et créeront des continuités paysagères avec les haies environnantes.

Afin de maximiser le réemploi, les pavages et les murs de soutènement des aménagements extérieurs sont réalisés avec le béton issu des démolitions (référence 2 et 3). Cette solution permet de concilier l’accessibilité pour les véhicules et à la perméabilité des sols. Dans les zones non soumises quotidiennement au passage des machines agricoles, les joints du pavage sont laissés ouverts afin de favoriser l’infiltration des eaux pluviales et le développement d’une végétation limitant l’accumulation de chaleur en période estivale.

Le dallage de l’ancienne ferme est conservé et ponctuellement scié afin de le rendre perméable aux endroits nécessaires. Ce geste, qui représente une économie importante en énergie grise, participe également à préserver la mémoire du site.

La ferme

L’entrée de la vitrine est disposée à l’articulation de la nouvelle ferme. Ainsi positionnée, elle invite les visiteurs à découvrir l’univers agricole du site de Grange-Verney dès son entrée dans le pôle d’élevage.

Une galerie intérieure, située au-dessus de l’allée fourragère, offre une vue complète sur l’élevage des bovins, la transformation de la nourriture animale et l’élaboration des denrées alimentaires humaines. Ces espaces, s’ouvrent également sur la place située au nord de la ferme et peuvent ainsi également être découverts depuis l’extérieur. En matière de bien-être animal, la ferme répond au programme SRPA (sortie régulière en plein air), avec des accès permanents aux surfaces extérieures. Disposées sous les séchoirs, l’orientation des stabulations libres offrent une orientation idéale au sud-est pour les bovins et au sud-ouest pour les jeunes bovins, tout en garantissant une bonne ventilation des locaux. Le dimensionnement des stabulations sur trois travées de logettes et sans appuis intermédiaire, permet une reconfiguration des espaces et la mise en place d’essai de différent mode d’élevage - couche profonde, litière compostée, veaux sous-la-mère.

Le bâtiment pédagogique et grange à pont

Le nouveau bâtiment destiné aux espaces pédagogiques prend place à proximité de la grange à pont. Afin de ne pas dénaturer les belles qualités architecturales de la grange, il maintient une distance de respect. Dans un souci de dialogue, il s’oriente parallèlement à la façade nord-ouest du château générant une nouvelle placette d’entées à géométrie régulière. L’espace résultant du décalage d’orientation entre le la grange et le nouveau bâtiment devient, comme cela est la règle sur ce site, l’entrée principale de ces nouveaux espaces. Dans un souci de compacité, les ateliers sont placés en enfilade, reliés par une passerelle en mezzanine. Les inélégantes portes de garage ayant détérioré les façades de la grange à pont sont supprimées au profit d’ouvertures ponctuelles redonnant une unité de lecture entre le rez-de-chaussée et l’étage et une certaine sérénité à l’ensemble.